C’est une fête funèbre…

Au début du deuxième confinement, j’écoutais et lisais toutes les informations relatives à cette maladie due au virus corona.

J’ai vite compris que cela ne m’aidait pas.  Ces informations en continu, alors que nous étions tous en apnée au fond de nos maisons, m’angoissaient. M’embrouillaient.

À côté de chez moi, il y a la forêt  de Fontainebleau. Elle si belle, royale. J’ai décidé de partir en promenade, tous les jours, avec mon appareil photo. Ces longues marches m’ont apporté une telle clarté de pensée qu’elle a réveillé le souvenir de mes promenades d’enfance, dans les forêts mystérieuses du Berry,  la main cachée dans celle de mon grand-père. Je me souviens comment il m’apprenait « à voir », à sentir, à écouter.

C’est une fête funèbre en plein soleil commence à cet instant, où au creux d’un fossé empli de colchiques,  nous avions découvert un renard agonisant. 

Covid-19 m’a poussée au fond des bois. J’ai commencé à rédiger un journal, à accumuler des images croisées lors de mes errances.

Mes photographies sont devenues lentes, sans bruit. Elles parlent de silence, immobilité, de patience, d’attente. Ce sont des scènes qui se taisent dans un temps suspendu, où l’humanité est absente. Il ne faut pas forcément s’éloigner géographiquement pour découvrir une réalité différente, plus dense, plus belle, quand tout est question de délicatesse, d’approche précautionneuse. 

Un écart entre le mystère et une simplicité apparente.

Au-delà des bois, les rues sont presque vides, les rideaux de fer baissés, les visages masqués. 

Le soleil est là, c’est une fête funèbre en plein soleil.

Jour 90, 26 janvier 2021, 17h32
Dans l’ombre, de longs jours murmurent.
Jour 7, 4 novembre 2020, 18h18
Le cours de l’eau salue, au passage, les vestiges d’un royaume I.

Jour 9, 6 novembre 2020, 17h58 Au fond du jardin, la fureur est atteinte.
Jour 45, 13 novembre 2020, 12h27 Tout semble immobile.
Jour 7, 4 novembre 2020, 18h18 La brise du soir salue les bois nus.
Jour 83, 19 janvier 2021 17h27 À la croisée des chemins, face au petit pan de mur jaune.

(série de 30 photographies format 30 x 45).

Paysages minimales

2013 – 2021

Il y a très certainement une influence cinématographique dans mes paysages. J’aime aussi penser que lorsque un spectateur regarde mes photographies, il s’interroge sur le fait que quelque chose manque.

Des années de voyage à traverser le monde, à observer, à comprendre, percevoir l’énergie d’un monde qui m’appartient et auquel j’appartiens, sur des chemins qui mènent nulle part, ont implicitement forgé la représentation de mes paysages.

(…)

Chaque tirage jet d’encre ultrachrome papier Hahnemüle signé, daté, numéroté au dos de la photographie.

Tirage 30 cm x 40 cm

Maussaderie

… A travers la tempête, et la neige, et le givre, 
C’est la clarté vibrante à notre horizon noir ; 
C’est l’auberge fameuse inscrite sur le livre, 
Où l’on pourra manger, et dormir, et s’asseoir ;

C’est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques 
Le sommeil et le don des rêves extatiques, 
Et qui refait le lit des gens pauvres et nus ;

C’est la gloire des Dieux, c’est le grenier mystique, 
C’est la bourse du pauvre et sa patrie antique, 
C’est le portique ouvert sur les Cieux inconnus !

Charles Baudelaire (Les fleurs du mal)

Chronique d’une petite plage

Dans la série « Chronique d’une petite plage » la plage de Corfou semble un petit théâtre, comme une vision d’un monde tranquille. Assise sur le sable, je regarde défiler des vacanciers en tenue de bain décontractés, insouciants. Je suis le rythme de cette nonchalance : dans ce petit coin de la mer ionienne, chacun apparaît puis disparaît comme si rien n’existait alentour, comme si le monde se résumait à cela, des allées et venues sans conséquence..

La chronique devient une bande visuelle d’une douceur irréelle et surannée, ou seuls le bruit du ressac, et les rires des enfants font comme un lointain écho du bonheur.

Des moments de rien.

Ce lent défilement de baigneurs en petite tenue, sans complexe, touchants, beaux dans leur simplicité, ravis de tant de frivolité, se laisse caresser par l’eau, le vent et l’air.

Et la lumière.

Chronique africaine

Afrique: elle est l’élan puissant et profond de la terre.

Sa voix est immortelle.

Un vent vertigineux souffle dans ses chants sacrés.

Je ne peux vivre sans sa douceur venue des vieux âges…

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(format de chaque photographie: 16 x 16 cm)

Silence

Le vol des abeilles d’or qui vibrait sans repos

S’est tu

Le jardin abandonné vous dit longuement adieu…

À jean Zuber

Variations

Sur l’eau calme voguant sans trêve…

Dans l’éclat du jour qui s’achève…

Qu’est-ce que notre vie, sinon un rêve?

(série format 60 x 60 cm)