Archives de l’auteur : AnneSol Glr

Les chemins possibles bifurquent, ils n’en finissent pas. Qu’on se demande où aller, il y aura toujours d’autres réponses. Mais qu’on veuille répondre à la question où es tu? il faudra toujours dire je suis là.

Et toi Anne Solange où, es tu, quand ailleurs, partie là-bas, inéluctablement tu es là? Se pourrait-il que là soit aussi autre part, comme on sait de source illuminée que je est un autre, se pourrait-il que là soit une part autre de nous-même.

Un trait d’écume sur le ciel, nulle part en somme, puis d’un coup, c’est là-bas.

Là-bas n’est-il qu’ici-bas, as-tu trouvé d’autres ailleurs, et leurs chemins? Le vent des routes, les fleurs à la volée, t’ont-ils montré les poudres dont s’écrivent les nuages en ces pays que tu traverses. Tu te souviens qu’il a fallu arracher le ciel à la terre pour que notre monde soit dans la lumière et que ce fut cruel, mais que l’aimable beauté en est issue, Aphrodite l’Ouranide. Il reste pourtant un vertige.Tout vas trop vite, c’est ainsi, et tu ne sais plus si la terre embrassait le ciel ou si c’était le contraire.

Tu ne sais plus si le jour vient ou repart, seulement qu’il est là, aux pertuis, aux lisières, aux embrasures. Les dents du grand fleuve te l’on redit. Les signes du jour filent comme ses limons entre les doigts. Rien n’est jamais donné. Une chose est sûre, tu sais que cela commence et que cela finit. Q’il y a un soir et qu’il y a un matin. Tous les jours. Partout. L’étonnant est là. On dira autrement: le miracle. Et l’ombre aussi qui vient de la lumière. On peut trembler et l’on peut se réjouir, à tous les seuils on peut chanter, faire les gestes qu’il faut pour passer.

C’est l’orage du vert. Considérable. Nos maisons jamais closes. L’enfance qui force les serrures. Un oeil s’ouvre et commence. Sans cils ni paupières, un poissons. Il parle des tesselles dans les villas romaines. C’est Mînâsksî , la maîtresse du grand temple de Madurai, l’épouse de Sundaresvara, le seigneur de beauté.

Pour finir et recommencer rappelons-nous les Katharmoi: Car autrefois je fus jeune homme et jeune fille et arbuste et oiseau et muet poisson de mer.

Marie Jeanne Boistard. Conservateur en chef des bibliothèques

Texte édité dans le catalogue de l’exposition Là ou Là-bas, galerie Capazza; 2010

On se souvient

………Quand on regarde ses photographies, on voit les heures qui se taisent, juste un instant. Il y a un flottement, une porosité dans nos géographies.

D’ailleurs, il n’est pas tout à fait juste de dire qu’on les regarde. Plus qu’un simple regard, c’est une sensation qui naît, une émotion, un contact qui nous touche, et nous suspend. On y est, on songe, on s’engage à tâtons dans une brume de fantaisies diaphanes et de réminiscences, de souvenirs légers comme des murmures.

C’est étrange et simple à la fois.
De ces photographies, qui ne sont pas saturées, pas vitrifiées par une densité qui les refermerait sur elles-mêmes comme un minéral de cabinet de curiosité, il émane quelque chose d’incertain et d’ouvert, comme la trace d’un retrait, d’un passage ou d’un souffle éteint, comme l’invitation d’un vide irrésistible, la douceur du possible (ou la langueur du perdu ?), un tremblement de frontière qui nous appelle à éprouver un lieu dans lequel les photographies portent chacun à prendre place pour s’y retrouver, avec ses propres songeries, ses apparitions, ses mirages et ses ombres,
et – qui sait ? – quelques disparus qu’on croirait bien avoir entrevus.

Marie Jeanne Boistard
Conservateur en chef des bibliothèques

De vie et de lumière 

Dans un lieu de vie et de lumière, quelques secondes saisies, absorbantes hypnotiques dans lesquelles se mêle une étrange sensation. 

Anne Solange Gaulier

Ossature

A mes heures perdues, je sillonne le monde et j’aime m’y perdre. Dès les premiers voyages, les premières rencontres j’ai subi le charme de structures abandonnées, de fossiles enchâssés dans la terre, de paysages  extravagants, notes insolites dans l’espace quotidien des hommes. Des enseignes vides, des structures fantômes, des panneaux d’affichage obsolètes.

Des architectures entre l’eau, le ciel, les champs, le désert : des ossatures oubliées par l’homme et par la nature qui nous font discuter les lois de l’univers. Ce qui ainsi n’existe presque pas, m’étonne et me trouble. Une sorte de « pathétique architectural » se dessine.

Un nouvel imaginaire nous emmène en douceur vers les nouvelles transformations du monde. Quelques une ressemblent à des « fenêtres » délaissées, ouvertes sur l’infini, comme une vibration. Ce sont des arrêts sur image curieusement monumentalisés offrant la banalité du paysage en scènes lyriques.
Ces immenses ossatures sont une mise en spectacle du réel.

Une « spectacularisation » d’un monde déchu.

Anne Solange Gaulier

C’est une fête funèbre…

Au début du deuxième confinement, j’écoutais et lisais toutes les informations relatives à cette maladie due au virus corona.

J’ai vite compris que cela ne m’aidait pas.  Ces informations en continu, alors que nous étions tous en apnée au fond de nos maisons, m’angoissaient. M’embrouillaient.

À côté de chez moi, il y a la forêt  de Fontainebleau. Elle si belle, royale. J’ai décidé de partir en promenade, tous les jours, avec mon appareil photo. Ces longues marches m’ont apporté une telle clarté de pensée qu’elle a réveillé le souvenir de mes promenades d’enfance, dans les forêts mystérieuses du Berry,  la main cachée dans celle de mon grand-père. Je me souviens comment il m’apprenait « à voir », à sentir, à écouter.

C’est une fête funèbre en plein soleil commence à cet instant, où au creux d’un fossé empli de colchiques,  nous avions découvert un renard agonisant. 

Covid-19 m’a poussée au fond des bois. J’ai commencé à rédiger un journal, à accumuler des images croisées lors de mes errances.

Mes photographies sont devenues lentes, sans bruit. Elles parlent de silence, immobilité, de patience, d’attente. Ce sont des scènes qui se taisent dans un temps suspendu, où l’humanité est absente. Il ne faut pas forcément s’éloigner géographiquement pour découvrir une réalité différente, plus dense, plus belle, quand tout est question de délicatesse, d’approche précautionneuse. 

Un écart entre le mystère et une simplicité apparente.

Au-delà des bois, les rues sont presque vides, les rideaux de fer baissés, les visages masqués. 

Le soleil est là, c’est une fête funèbre en plein soleil.

(série de 30 photographies format 30 x 45).

Paysages minimales

Il y a très certainement une influence cinématographique dans mes paysages. J’aime aussi penser que lorsque un spectateur regarde mes photographies, il s’interroge sur le fait que quelque chose manque.

Des années de voyage à traverser le monde, à observer, à comprendre, percevoir l’énergie d’un monde qui m’appartient et auquel j’appartiens, sur des chemins qui mènent nulle part, ont implicitement forgé la représentation de mes paysages.

(…)

Chaque tirage jet d’encre ultrachrome papier Hahnemüle signé, daté, numéroté au dos de la photographie.

Tirage 30 cm x 40 cm

Maussaderie

… A travers la tempête, et la neige, et le givre, 
C’est la clarté vibrante à notre horizon noir ; 
C’est l’auberge fameuse inscrite sur le livre, 
Où l’on pourra manger, et dormir, et s’asseoir ;

C’est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques 
Le sommeil et le don des rêves extatiques, 
Et qui refait le lit des gens pauvres et nus ;

C’est la gloire des Dieux, c’est le grenier mystique, 
C’est la bourse du pauvre et sa patrie antique, 
C’est le portique ouvert sur les Cieux inconnus !

Charles Baudelaire (Les fleurs du mal)

Chronique d’une petite plage

Dans la série « Chronique d’une petite plage » la plage de Corfou semble un petit théâtre, comme une vision d’un monde tranquille. Assise sur le sable, je regarde défiler des vacanciers en tenue de bain décontractés, insouciants. Je suis le rythme de cette nonchalance : dans ce petit coin de la mer ionienne, chacun apparaît puis disparaît comme si rien n’existait alentour, comme si le monde se résumait à cela, des allées et venues sans conséquence..

La chronique devient une bande visuelle d’une douceur irréelle et surannée, ou seuls le bruit du ressac, et les rires des enfants font comme un lointain écho du bonheur.

Des moments de rien.

Ce lent défilement de baigneurs en petite tenue, sans complexe, touchants, beaux dans leur simplicité, ravis de tant de frivolité, se laisse caresser par l’eau, le vent et l’air.

Et la lumière.

Chaque tirage jet d’encre ultrachrome papier Hahnemüle signé, daté, numéroté au dos de la photographie.

Tirage 20 cm x 30 cm

Atmosphère

Les dieux nous envient

parce que nous sommes mortels…

les dieux envient nos moments de beauté

si courts

mais si forts…

(Formats tirages photos 30 x 40 cm)

Chronique africaine

Afrique: elle est l’élan puissant et profond de la terre.

Sa voix est immortelle.

Un vent vertigineux souffle dans ses chants sacrés.

Je ne peux vivre sans sa douceur venue des vieux âges…

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©annesolange gaulier