Les chemins possibles bifurquent, ils n’en finissent pas. Qu’on se demande où aller, il y aura toujours d’autres réponses. Mais qu’on veuille répondre à la question où es tu? il faudra toujours dire je suis là.
Et toi Anne Solange où, es tu, quand ailleurs, partie là-bas, inéluctablement tu es là? Se pourrait-il que là soit aussi autre part, comme on sait de source illuminée que je est un autre, se pourrait-il que là soit une part autre de nous-même.
Un trait d’écume sur le ciel, nulle part en somme, puis d’un coup, c’est là-bas.
Là-bas n’est-il qu’ici-bas, as-tu trouvé d’autres ailleurs, et leurs chemins? Le vent des routes, les fleurs à la volée, t’ont-ils montré les poudres dont s’écrivent les nuages en ces pays que tu traverses. Tu te souviens qu’il a fallu arracher le ciel à la terre pour que notre monde soit dans la lumière et que ce fut cruel, mais que l’aimable beauté en est issue, Aphrodite l’Ouranide. Il reste pourtant un vertige.Tout vas trop vite, c’est ainsi, et tu ne sais plus si la terre embrassait le ciel ou si c’était le contraire.
Tu ne sais plus si le jour vient ou repart, seulement qu’il est là, aux pertuis, aux lisières, aux embrasures. Les dents du grand fleuve te l’on redit. Les signes du jour filent comme ses limons entre les doigts. Rien n’est jamais donné. Une chose est sûre, tu sais que cela commence et que cela finit. Q’il y a un soir et qu’il y a un matin. Tous les jours. Partout. L’étonnant est là. On dira autrement: le miracle. Et l’ombre aussi qui vient de la lumière. On peut trembler et l’on peut se réjouir, à tous les seuils on peut chanter, faire les gestes qu’il faut pour passer.
C’est l’orage du vert. Considérable. Nos maisons jamais closes. L’enfance qui force les serrures. Un oeil s’ouvre et commence. Sans cils ni paupières, un poissons. Il parle des tesselles dans les villas romaines. C’est Mînâsksî , la maîtresse du grand temple de Madurai, l’épouse de Sundaresvara, le seigneur de beauté.
Pour finir et recommencer rappelons-nous les Katharmoi: Car autrefois je fus jeune homme et jeune fille et arbuste et oiseau et muet poisson de mer.
Marie Jeanne Boistard. Conservateur en chef des bibliothèques
Texte édité dans le catalogue de l’exposition Là ou Là-bas, galerie Capazza; 2010

